LIBRE COURS A L'ENCRE NOIRE

Pilosité Contrôlée

 

 

Depuis l’aube, la colère montait dans les rues de Paris. Chaque manifestant descendait de son bus venu de province, de son métro de banlieue, se son vélib’ de bobo, de sa BMW du 16e, pour se retrouver sur la place de la République, lieu de rassemblement de ce qui était annoncé comme la plus grande manifestation du siècle.

Plus de clivage gauche droite, plus de débats violents autour de la légitimité d’un quelconque prophète ou de l’existence d’un dieu. Les riches comme les pauvres étaient unis sous la même bannière contre les actions de la firme “Pilosité Contrôlée” (Pil’Con pour les intimes).

Les slogans de la foule étaient lancés vers le ciel alors que la manifestation n’avait pas encore officiellement commencée.

“Il faut rendre sa liberté aux poils !”

“Qui vole un poil, vole une âme !”

“Pilosité Contrôlée, pilosité génocidée !”

“Le bonheur est dans le poil !”

Et la marche démarra. Le parcours était tracé entre la place de la République et la place de la Nation. Les premiers manifestants entraient sur la place de la Nation alors que les derniers n’avaient pas encore quitté la place de la République. Paris ne vivait plus. Toutes les pensées, toutes les conversations… mêmes les rêves des adeptes de la sieste n’avaient qu’une unique ligne directrice : Pil’Con et son désastre !

Une partie du cortège était bien sûr réservée aux coiffeurs et aux esthéticiens qui avaient perdu 90% de leurs praticiens au cours des 5 dernières années... depuis l’arrivée sur le marché de la fameuse pilule miracle de Pil’Con. Des ciseaux bâillonnés, des pots de crème dépilatoire vides étaient portés haut comme les symboles de l’assassinat de leur commerce.

L’après-midi était à peine entamée quand la foule trop nombreuse place de la Nation décida de se diriger vers La Défense, endroit emblématique où se trouvait la tour, comme un poil au milieu du paysage... le siège de Pil’Con.

Pendant presque 3 heures, le temps du trajet à pieds entre Nation et La Défense, la colère déjà immense fut catalysée par la masse, la foule et les cris amplifiés par les haut-parleurs… puis les pavés fusèrent, les travailleurs quotidiens habituellement si tranquilles se transformèrent en révolutionnaires capables de brûler, de casser, de charger une troupe de CRS dépassée par une rage pileuse.

Les forces de l’ordre ne purent rien faire. L’armée fut appelée en renfort mais arriva trop tard. Le poil Pil’Con dressé au coeur de La Défense fut incendié par la foule. Les bureaux vides en ce dimanche se consumèrent sans victimes. Des centaines de manifestants furent arrêtés avec violence.

La justice n’eut pas le courage de juger les auteurs. Elle qui avait laissé fuir le PDG de Pil’Con, l’inventeur de la fameuse pilule, l’homme responsable de plusieurs générations de glabres et de chauves.

 

La publicité de Pil’Con était simple et claire. A l’époque, elle avait rapidement fait mouche :

“Marre de payer le coiffeur ? Marre de vous raser tous les matins ? Avec la pilule de chez Pil’Con, arrêtez net la pousse des poils et des cheveux. Et si vous changez d’idée dans quelques mois, arrêtez de prendre la pilule de chez Pil’Con et vos cheveux repousseront comme avant, et votre barbe garnira à nouveau votre visage.”

Toute la population s’était jetée sur ce produit miracle, pas cher, capable d’économiser l’argent d’une coupe et de précieuses minutes chaque matin pour les hommes (et quelques femmes). Les premiers mois, le produit fonctionna très bien, mais après 4 ans de prise, l’effet de la pilule de Pil’Con était devenu irréversible. Les cheveux et les barbes ne poussaient plus, les poils restaient cachés sous la peau. Pil’Con promit de développer une solution et de la mettre gratuitement à la disposition du public, sauf que le seul produit de Pil’Con devenu invendable, l’entreprise fit faillite rapidement. Son président disparut avec quelques millions d’euros… derrière lui, des consommateurs surs de se retrouver chauve sous peu, la durée de vie d’un cheveux variant entre 3 et 7 ans… les morts tombés au front (d’honneur) privés de relève (et de repousse).


Des enquêteurs internationaux sont à la recherche de l’ex PDG de Pil’Con… la rumeur colporte qu’il a utilisé son argent pour changer de nom, de visage, et a investi le restant de sa fortune dans la production industrielle de perruques.

 

 



19/07/2015
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