LIBRE COURS A L'ENCRE NOIRE

Je suis Charlie.

 

 

La vie doit continuer à suivre son cours, donc comme tous les soirs... j’écris. Comme tous les soirs j’utilise cette liberté chèrement gagnée par mes pairs pour jouer avec la première des caractéristiques de l’homme heureux : la libre expression.

Je ne me bats pas contre les pouvoirs ou les religions. Je ne combats pas l’obscurantisme et ses ravages. Je ne me lève pas pour défendre les forêts et les cours d’eau. D’autres le font déjà, et j’ai compris qu’ils le faisaient beaucoup mieux que je ne pourrai jamais le faire. Mon soutien discret pour ces causes suffit.

Mes expressions ont un autre but. Mes doigts s’agitent sur le clavier d’un ordinateur pour matérialiser de l’imaginaire. Pour créer du divertissement. Pour inventer une bulle d’air dans un monde souvent trop concret. Pour que le lecteur s’échappe… dans un univers peuplé de héros, soumis à d’autres forces physiques, agité par d’autres spasmes… où le simple est capable de devenir un centre, où le faible est capable de se sublimer pour attirer sur lui un focus éphémère... comme ces hommes qui ont réussi à passer du statut d’anonymes à celui d’hommes les plus recherchés de France. Mes héros tuent parfois… mais comme dans les jeux d’enfants, chacun se relève après le mot “fin” et le voleur demande pour pouvoir jouer le rôle du policier dans la prochaine scène.

 

Ce soir il m’est impossible de plonger dans l’imaginaire.

 

Oui c’est grave, oui c’est lâche… toutes les télés le répètent en boucle. Les radios le crient et le président le discourt. Une nouvelle fois, ma goutte d’eau n’aura que peu d’influence. A quoi bon l’écrire encore ? A quoi bon chercher à changer les formes dans un subtil jeu où les synonymes s’ennuient de n’être que des remplaçants ?

Mon hommage sera un souvenir : étudiant, ennuyé par des cours longs et peu intéressants, le mercredi matin était un jour où je séchais souvent. Ma chambre était située à dix minutes à pied d’un tabac-presse. Je sortais de ce magasin avec mon Charlie et mon Canard, heureux de me dire que pendant quelques heures j’allais pouvoir goûter aux vérités dévoilées par le Canard, heureux car sûr de pouvoir rire avec Charlie. Car il ne s’agit finalement que de ça : rire ! Dessiner et rire !

Aujourd’hui le dessinateur n’est pas devenu un criminel châtié comme veulent le faire croire les lâches. Il s’est transformé en modèle que chaque homme peut suivre s’il aime la liberté et souhaite le bonheur de ceux qui l’entourent.

Avec l’humour, le dessinateur gomme les différences... les couleurs de peau, les croyances, les vêtements ou les coupes de cheveux. Toute caractéristique humaine dont on ne peut pas rire est dangereuse !

 

Je suis sûr que j'achèterai Charlie mercredi prochain.

 

Je ne suis pas terrorisé… simplement, trop simplement, triste...

 

 



07/01/2015
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