LIBRE COURS A L'ENCRE NOIRE

Howahkan (acte 1, part 6)

 

 

Face à la monstrueuse vision de cet homme en décomposition déambulant devant leurs yeux, Georges et Luc reculèrent rapidement et trouvèrent protection derrière une maison toute proche. Un souffle glacé frôla l’arrière de la tête de Georges alors qu’il poussait Luc contre le sol. Passant sa main sur la zone froidement touchée, il saisit une mèche de cheveux qui se brisa comme du verre. Des bruits de pas s’approchaient. Nul doute que l’apparition démoniaque cherchait les deux veilleurs. Allongés sur le sol, Georges attrapa Luc par le col et lui cria :

- Il te faut fuir ! Cours et ne te retourne pas ! Va prévenir François ! Je vais essayer de retenir cette chose dans les parages le plus longtemps possible.

Luc paraissait satisfait de ce partage des tâches. Il sauta sur ses jambes et s’enfuit sans un regard en arrière.

Georges se mit sur le dos, les coudes plantés dans le sol. Il ramassa ses jambes contre son torse pour prendre le moins de place possible sur le sol. Il entendait le bruit des articulations rouillées du corps du sauveteur qui s’approchait. Puis, le son fit place à la vision. Glen était là, face à son regard. Le visage défoncé. Les yeux enfoncés dans les orbites. La peau d’un noir imparfait. La lumière de la lune faisait apparaître des tendances marrons et vertes. Une nuée d’insectes papillonnait autour de cet amas de chair à l’odeur putride. Sans aucun mouvement de tête, Georges comprit que l’entité en face de lui sondait les alentours à la recherche des deux hommes qui avaient fui face à elle. Georges ne faisait aucun bruit. Il n'espérait pas échapper aussi facilement à cette créature mais cherchait à gagner du temps. Luc était déjà loin, hors de portée. Il était parti chercher François. Le doyen s‘était dit capable de maîtriser l’esprit d’Howahkan... s’il s’agissait bien de lui. Ne sachant pas comment combattre ce genre d’ennemi, Georges roula sur le sol et percuta les jambes de son adversaire qui tomba comme tombe une masse inerte. Des craquements d’os se fissurant et de peau se déchirant se firent entendre. Georges se leva d’un bond et sauta à pieds joints sur le genou droit du corps putride étendu sur le sol. L’articulation se plia dans le sens contraire à son habitude. Tentant de faire subir la même opération au genou gauche, il sauta à nouveau mais rata sa cible. L’entité en possession du corps de Glen le fit rouler pour échapper à cette seconde charge. De sa tête fut projeté un vent qui plaqua Georges contre le mur situé derrière lui. Sa tête cogna avec force la solide construction et il perdit immédiatement connaissance. Howahkan fit se relever avec difficulté sa marionnette. Tout en examinant les alentours, il se rapprocha du veilleur étendu sans connaissance devant lui.

 

*

 

*        *

 

Réveillés par l’agitation, beaucoup d’hommes craignant pour la sécurité de leur famille étaient descendus dans les rues. Un attroupement s’était créé autour du corps pétrifié du malheureux dont la tête était toujours dans les bras de sa femme criant à la mort, appelant à elle l’humanité et la compassion. Les armes de chasse avaient été sorties des râteliers. La peur et la surprise avaient fait renaître chez certains les instincts les plus primaires. Chaque homme se méfiait de son semblable. Chaque humain tournant au coin d’une rue manquait de tuer son voisin… celui-ci attendant patiemment que les bruits de pas qu’il entendait se rapprochent à une distance létale du canon de son arme. La situation était dangereuse. La bavure irréparable rodait entre les innocents.

Prenant conscience de l’’angoisse ambiante et de la situation dangereuse dans laquelle ses administrés évoluaient, Mr Grolet rameuta la foule et prit la parole.

- Messieurs, la situation est sous contrôle. Des hommes spécialisés sont actuellement en chasse dans le village. Gardez votre calme !

Un vent de révolte monta parmi la foule. Tout une famille était morte la nuit dernière. C’était maintenant un homme que l’on venait de découvrir statufié. Sa femme semblait avoir perdu la raison. Les incertitudes de la foule couvraient maintenant les plaintes de la veuve.

 

- Combien de mort va-t-il falloir pour que le maire réagisse ?

- Allons-nous tous devoir mourir pour que nos élus s’inquiètent ?

- Le maire est complice, c’est pour cela qu’il refuse de bouger !

- Armons-nous et cherchons l’assassin !

 

Le climat était explosif. Mr Grolet mit son charisme de côté et adopta une posture autoritaire.

- Ce n’est pas un conseil mais un ordre ! Des hommes spécialisés sont à la poursuite du meurtrier. Je vous ordonne à tous de rentrer dans vos maisons et de ranger vos armes. Ce que vous faites ne fait qu’accentuer la peur et la suspicion.

A cet instant, des gendarmes en arme arrivèrent et se positionnèrent en cercle autour de l’attroupement. Les fusils étaient chargés mais à cet instant toujours pointés vers le ciel. La stupéfaction gagna la foule. Le maire osait positionner des hommes armés et entraînés face à des civils. L’ultime provocation catalysa un peu plus la colère de la vindicte populaire. Le chien d’un fusil s’arma, puis un second. Bientôt, tous les hommes en arme de l’attroupement étaient prêts à décharger un flot de plomb dans la direction des représentant de l’autorité. La tension était à son paroxysme. Le maire hésitait à prendre la parole de peur d’être l’étincelle au milieu de cet amas de brindilles sèches.

Soudain, la nuit fut transpercée par une voix forte imposant le respect :

- Messieurs ! Qu’est-ce qui vous passe par la tête ? Etes-vous devenus fou ? Votre ennemi ne se trouve pas ici. Il court, il vole... il se faufile actuellement en dehors du village pour rejoindre la montagne et s’y cacher. Ce n’est pas un humain que nous avons face à nous. Ce n’est pas un être fait de chair et de sang comme vous et moi. Vous devez vous montrer fort et vous serrer les coudes.

Le silence s’imposa sur la foule. Les fusils étaient toujours pointés sur des torses mortels. Personne ne bougeait. Le puissant orateur reprit :

- Je vous ordonne de baisser vos armes ! Tout de suite ! Mr le Maire, ordonnez à vos gendarmes de baisser leurs armes !

Le maire s'exécuta. Les gendarmes posèrent leurs fusils à leurs pieds. Les villageois en firent alors autant. Toujours avec un regard de méfiance, chacun reprit le chemin le plus court pour rentrer chez lui.

Rassuré, Mr Grolet se rapprocha de cet orateur providentiel et le gratifia :

- Merci François de votre intervention. J’ai peine à imaginer ce qui se serait produit si vos paroles pleines de sagesse n’avaient désamorcé la situation.

Sans relâcher son attention sur les hommes quittant l’endroit, François répondit :

- Il est urgent que la cellule de veille comprenne et arrête cette abomination. Quant à vous Mr le Maire, votre travail est de communiquer pour faire redescendre la pression au plus vite !

Le calme fut de courte durée. Un cri perça la foule :

- Je viens d’attraper le coupable ! Je tiens l’esprit maudit ! Vite !

La foule s'agglutina. Les gendarmes forcèrent le passage. Ils menottèrent sans plus attendre cet homme qui avait le torse et les mains maculés de sang. François s’approcha pour découvrir le visage du coupable. Il resta bouché bée lorsqu’il reconnut l’un des membres de sa cellule de veille.

 

A suivre...

 

 

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29/04/2014
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