LIBRE COURS A L'ENCRE NOIRE

Le Chini : ou l'aventure dont il faut se remettre ! Deuxième jour.

 

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2ème jour : 19/10/14, port de Paimpol (toujours).

 

En ce matin de la, seulement, deuxième journée, l’ambiance fait irrémédiablement chuter la température du café. Elodie et Christophe font la gueule à cause du réveil matinal d’Olivier... qui lui, loin de s’excuser, semble se plaindre que quelqu’un puisse lui en vouloir de cet oubli. Autour de la table, mais dans un coin de ce groupe composé d’individualités, Vincent observe tout en se demandant où il est tombé. Ne pas choisir son équipage fait partie des éléments à maîtriser dans cette école de voile et de vie. Hors de question de ne pas faire front, de ne pas croire que tout va s’arranger et que ceci n’est que le résultat d’une erreur malencontreuse doublée de la frustration d’être toujours au port.

La matinée est dédiée à l’étude des cartes. Comment vont être les courants et les vents pendant les jours à venir ? Quel port est-il possible d’atteindre ? Sera-t-il possible de revenir sereinement et dans les temps à Paimpol ? Chacun y va de ses idées… ou plutôt essaye. Les discussions et les avis ne transitent que par les deux hommes à la recherche du leadership. Olivier souhaiterait se diriger vers la côte de granite rose qui, d’après ce qu’il en sait, est magnifique vue de la mer. Christophe, en bon chef de bord intrépide et courageux, propose de petits déplacements suivis de mouillages dans les rivières environnantes. Cela n’enchante personne. Elodie tente de faire entendre sa voix... sans succès. Vincent ne se risque même pas à afficher une opinion, sachant que la défendre ne serait que pure perte d’énergie. Olivier comprend rapidement que l’idée de la côte de granite rose ne plaît pas du tout au chef, il se rabat alors sur une autre destination : La Rochelle. Certains ne peuvent exprimer d’idée, d’autre en exprime plusieurs... C’est grâce à cette idée que la durée totale du stage va être révélée. Christophe refuse de se diriger vers La Rochelle car il faut que le bateau soit de retour au port de Paimpol le jeudi soir suivant… nouvelle déception de tous. Le stage devait commencer le samedi en fin d’après-midi et se terminer le vendredi en milieu de journée… il ne débutera finalement que le dimanche après-midi pour se terminer le jeudi soir. Une journée et demi de perdue. La marée et le faible niveau du stage sont les arguments utilisés par le chef de bord… en vain... tous demandent pourquoi cela n’a pas été précisé plus tôt. Rappelons que chacun attend depuis presque vingt-quatre heures de pouvoir quitter le port… tous ? Non ! Le belge, grâce à son arrivée tardive du samedi, échappe une nouvelle fois à cette règle de groupe.

Le chef de bord savoure donc sa victoire. Nous partirons au nord, nous nous amarrerons dans deux ports au fond de rivières, ne bougerons pas le mardi car une tempête est annoncée, pour finalement passer notre dernière nuit dans la baie de Saint-Brieuc avant de revenir à la base de Paimpol. La déception est de courte durée car, une fois le repas terminé, tout l’équipage (il faut que j’arrête d’utiliser ce terme qui ne veut rien dire sur ce bateau) se prépare à appareiller.

Mais avant, une revue des consignes de sécurité est obligatoire. Christophe demande à chacun de mettre son gilet de sauvetage. Ce qui est fait difficilement (il s’agit de gilets gonflables automatiques avec ligne de vie intégrée, le tout mal rangé par le précédent équipage)… mais sans l’aide du chef de bord. Puis la consigne “une main pour soi, une main pour la bateau” est rappelée. Les consignes de sécurité vont s’arrêter là. Aucun rappel à propos de l’utilisation du gilet : que faire s’il ne se gonfle pas tout seul une fois au contact de l’eau ? Où se trouve le sifflet pour se faire repérer au travers des vagues ? Aucun rappel de l’obligation de veille sous le vent. Aucun rappel des règles de déplacement sur un bateau quand celui-ci est au portant et au près. Aucun rappel de l’utilisation de la bouée en “U”. Le bidon de sécurité et son contenant ? Connaît pas… et je précise que l'exercice dit de “l’homme à la mer” ne sera fait que l’avant dernier jour du stage...

Quinze heures ! L’écluse fonctionne, tous les voiliers de l’association sont prêts au départ. Le moteur en marche, le Chini est le premier a larguer les amarres et se dirige vers le bassin du port histoire de faire quelques ronds dans l’eau avant que la porte de l’écluse ne s’ouvre. Olivier est à la barre. Il dit qu’il maîtrise la barre franche et, bizarrement, le chef de bord lui fait confiance. Après un demi-tour fait à l’aide des indications de Christophe, le Chini se dirige vers l’écluse dont les portes sont maintenant presque totalement ouvertes. La proue franchit la porte quand une voix nous interpelle d’en haut :

- Vous êtes daltoniens ? C’est l’éclusier qui crie… Vous n’avez pas vu le feu rouge ?

Personne ne répond. Surtout pas le chef de bord qui n’a absolument pas fait attention à cette règle de sécurité élémentaire. Trop rapidement, le Chini avance dans l’écluse et signe est fait à Vincent, situé à la proue, d’attraper l’une des chaînes du bord de l’écluse pour y passer l’amarre qu’il tient à la main. La chaîne est attrapée, mais le bateau va trop vite. Il pivote autour de ce point fixe. Christophe se jette sur la barre que ne veut pas lâcher Olivier. Les deux se disputent et le chef récupère rapidement cette fameuse barre franche qu’Olivier disait maîtriser. Christophe tente une manœuvre... qui restera infructueuse… le Chini fait demi-tour dans l’écluse... La foule assistant à cette incompétence se délecte pendant que la honte gagne le chef de bord. Heureusement que nous avions grillé le feu rouge pour être les premiers dans l’écluse sinon il y aurait pu avoir du dégât. Le Chini sort donc de l’écluse... vers le bassin du port, fait un demi-tour et entre à nouveau. L’éclusier se rapproche du bord à notre passage et hurle :

- Accrochez-vous d’abord par l’arrière… banalement.

Ce qui est fait, calmement et lentement. Enfin amarré, le chef de bord s’inquiète de comment sortir de l’écluse. Faut-il lâcher d’abord l’avant puis après l’arrière ? L’inverse ? Plus qu’inquiétant, son incompétence fait froid dans le dos. Finalement la raison l’emporte. Le temps de notre demi-tour avant la deuxième entrée dans l’écluse, deux bateaux avaient eut le temps de prendre position dans l’écluse : il est donc décidé de copier leur manière de s’extraire de cet étroit passage de béton.

Une fois dehors et le chenal franchi… au moteur malgré les mètres d’eau suffisants pour une navigation à la voile, Christophe prend la place qui sera la sienne pour le restant du voyage, dans le carré, le nez sur la carte avec à la main toutes les hauteurs d’eau, heure par heure, jour par jour, port par port. Et les relevés commencent. Un relevé de position toutes les cinq minutes. Puis le cap est donné à Olivier qui a repris la barre.

- Cap 10°, annonce le chef de bord.

Olivier ajuste. Le Chini file alors tout droit vers les rochers ! Christophe semble vexé et refait son calcul de position. Olivier confie la barre à Vincent et descend dans le carré supporter de force l’officier navigateur. Christophe n’est pas content et une nouvelle petite dispute démarre. Finalement le cap est défini mais toujours interdiction de hisser les voiles. Dépitée, Elodie rejoint elle aussi la place qui sera la sienne pour le reste du voyage… sa cabine… où, une fois les voiles gonflées, son sac correctement positionné compensera tant bien que mal la gîte du bateau.

Premier contact avec la VHF. Dans l’après-midi un mayday est déclenché, une femme a alerté les secours. Son mari est parti faire de la plongée, seul, il y a trois heures et n’est pas revenu. Olivier, grand spécialiste de la discipline explique alors qu’il est très dangereux de partir seul, que c’est une pratique très risquée… les lieux communs s’enchaînent jusqu’à l’anecdote nécessaire pour rendre le tout crédible :

“Je suis descendu une fois avec quelqu’un que je ne connaissais pas. Il a été atteint d’ivresse des profondeurs. Il ne voulait plus remonter. J’ai dû le secouer, il a fini par être à court d’oxygène et j’ai dû partager mon détendeur pour qu’il puisse remonter. Je l’ai engueulé une fois à la surface.” Vincent écoute sans y croire, Christophe fait des “oui” de la tête mais son œil trahit le doute planant dans son esprit.

La soirée est plutôt calme. Après quelques apéros et un repas arrosé de quelques verres de vin, Elodie et Vincent se croisent sur le ponton et, suite à une blague du jeune homme, se mettent à discuter.

- Il y a des gens qui pêchent près de la pompe à gazole.

- Bon spot, plaisante Elodie !

- Peut-être qu’ils pêchent le turbot, rigole Vincent.

Tout en discutant, Vincent tire sur sa cigarette électronique, à quelques centimètres du visage d’Elodie. Cela ne semble lui faire aucun effet. C’est à ce moment qu'émerge une théorie assez originale : elle est allergique à la fumée de cigarette mais pense que c’est un composant du papier qui la fait réagir, pas le tabac ni tous les produits chimiques ajoutés. Le vapotage ne la dérange donc pas. La conclusion laisse à réfléchir : elle n’est allergique qu’à la fumée du, difficilement supportable, belge Olivier !

 

2ème nuit : du 19/10/14 au 20/10/14, port de Lézardrieux.

 

Christophe avait bien dit que s’il ne dormait pas sur le dos il ne ronflerait pas. Le chef de bord avait raison. Aucun ronflement cette nuit là. L’espoir renaît en même temps que la fatigue s'efface dans les cœurs.

 

A suivre... 

 

 

 

 



04/11/2014
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