LIBRE COURS A L'ENCRE NOIRE

Fête for haine (Première partie)

maison hantée.jpg
 

 

- Martin, rends-moi mes doudous !

- Tu es encore un bébé ? Tu as vraiment besoin de ces peluches hideuses ?

            Excédé par l'ambiance qui règne dans la voiture, le père de Martin se retourne et hausse le ton :

- Martin, rends tout de suite ses jouets à Chloé ! Et calmez-vous, sinon, je fais demi-tour et pas de fête foraine aujourd'hui !

            La menace est efficace. Les doudous retrouvent leur maitresse et Martin fait mine de se calmer avant de marmonner juste assez fort pour que sa petite sœur entende :

- Tu sais qui est vraiment ce loup que tu cajoles à longueur de journée ? C'est l'une des créatures les plus sanguinaires que la terre ait porté. Le soir, une fois que tu as les yeux fermés, il grandit et se change en loup géant au pelage noir intense. Il rode dans les rues et réduit à néant dans une barbarie sans limite toutes les formes de vie qu'il rencontre.

- Arrête, crie sa sœur en posant l'inoffensif loup en peluche à ses côtés.

- Et ce clown que tu traines partout, poursuit Martin, sais-tu que son maquillage dissimule un dangereux psychopathe aimant parcourir les villes à la recherche d'enfants à démembrer ?

- Arrête, crie de plus belle sa sœur, arrête !

- Ces deux doudous se servent de toi ! Ils accumulent l'amour que tu leurs donnes pour le transformer en force maléfique et propager la douleur et la souffrance dans ton entourage. Sans même t'en douter, tu sers contre ton cœur des peluches imbibées de sang.

- Martin, l'interpelle sa mère, vas-tu arrêter de raconter des bêtises à ta sœur ?

            D'un geste lent, Chloé pose le clown sur ses genoux. Elle plonge le regard dans son grand sourire blanc et rouge, dans ses yeux pétillants de malice. Tout ce qu'elle voit semble corroborer les dires de son frère. Ce clown a le visage d'un psychopathe accompagné de son loup géant sanguinaire.

 

            Quel est le plus dur à imaginer : trouver du réconfort en serrant contre son cœur des tueurs assoiffés de sang ou vivre sans doudou ?

 

            C'est une fille perdue qui descend de la voiture familiale pour se diriger vers l'entrée de la fête foraine. La sortie dominicale qui normalement n'est qu'un pur moment de plaisir se transforme en une lente succession de doute et d'inquiétude.

            Après quelques manèges ennuyeux, poussée par les demandes insistantes de Martin qui prétend n'avoir peur de rien, toute la famille s'installe dans un des wagonnets d'une attraction réputée terrifiante : la maison hantée.

            L'atmosphère noire, la musique glauque et les différents personnages jaillissant de derrière les murs poussent Chloé à se blottir dans les bras de sa maman. A côté de son père, Martin se moque. Toutes ces apparitions le font rire. Comment peut-on avoir peur de ces grotesques effets en carton-pâte ?

            Au détour d'un virage, passant à travers un voile sombre, un brusque éclair noir trop réaliste détonne dans un souffle froid. La musique d'ambiance s'arrête brusquement laissant place au grincement des roues du wagonnet sur les rails usés du manège. La peau de Martin s'hérisse. Ses yeux tremblent de ne plus recevoir une once de lumière. Son regard cherche son père, sa mère, sa sœur... mais l'obscurité totale ne lui permet pas de les discerner. Sa main se lance vers l'endroit où son père est censé être assis. Ses doigts tâtonnent contre le vieux siège mais ne rencontrent rien pouvant le rassurer.

            Enfin, une lueur filtre au bout du couloir. Lentement, le wagonnet roule vers cet espoir. Mais la lumière n'est pas jaune et attirante comme d'habitude, elle est triste et froide.

            La maison hantée libère enfin son passager. Martin constate avec inquiétude qu'il est définitivement seul. Lentement, le wagonnet s'immobilise.

 

            La fête foraine n'est qu'un tableau en noir et blanc. Il n'y a plus aucune musique. Plus aucune présence humaine. Un vent froid souffle de manière continue glaçant le corps légèrement couvert de Martin.

            La peur se faufile entre les os et la peau. Les cheveux et les poils ne bougent pas dans le vent. Les yeux écarquillés sont à la recherche d'une vision rassurante. Martin fait quelques pas pour s'éloigner de la maison hantée. Levant le regard, il est écrasé par le ciel d'un noir intense coulant comme un fleuve charriant toute la tristesse du monde.

            Dans ces moments d'absence de repère, le moindre bruit peut paraitre rassurant. Un souffle fort et profond attire l'attention de Martin. Ce signe de vie semble se cacher au coin de l'allée... mais le petite garçon ne bouge pas, fixant ce bruit. Des pas rythment maintenant cette respiration. Mais le compte n'y est pas. Ce qui respire, là-bas, a plus de deux jambes. Martin pense en entendre quatre. Puis c'est une fourrure noire qui apparait. Elle couvre une tête, un corps aussi grand que celui du garçon, et effectivement quatre... pattes.

 

            La peur n'est rien face à la terreur !

 

            Martin n'est plus que l'ombre de lui-même. Son cerveau à l'arrêt, il ne peut reconnaître dans cette créature la mutation nocturne de la peluche réconfortante de sa sœur.

 

A SUIVRE....

 

 



06/01/2014
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