LIBRE COURS A L'ENCRE NOIRE

Elle doit être encore plus belle quand elle est heureuse ! (2/3)

 

 

L’alcool et le vol avait comblé la nuit de Vincent Hopes. De retour chez lui, l’esprit toujours à la recherche d’un corps sain, il s’écroula dans son canapé et regarda pendant de longues minutes l’écran de télévision. Le noir fixe et muet lui renvoyait une image parfaite des bonheurs sentimentaux dont il avait profité ses dernières années.

Seul.

Depuis si longtemps…

...avant de découvrir, grâce à la rencontre de la femme d’un de ses amis, que son cœur était capable de sentiments. Un certains Julien Desmont, qu’il s’était donc forcé de côtoyer. Pour s’immiscer dans sa vie, dans celle de son couple, dans celle de cette humaine capable de faire naître des sentiments à un cœur décharné depuis l’enfance. Vincent n’avait jamais eu de la part de cette Caroline plus que des regards froids et des sourires forcés… la capacité de cette femme à maîtriser le monde le stupéfiait. Il est des personnalités qui fascinent par leurs gestes, leur présence. Etre suffit à l’art. Les explications ne sont nécessaires que pour l’insensible, le frustré du plaisir, le pauvre esprit qui ne bande que parce qu’il imagine qu’un semblable rêve d’être à sa place… pendant que lui rêve d’être à celle d’un autre… tout un monde d’humains se partage une raideur comme si l’insatisfaction permanente pouvait transformer la routine du voisin en viagra communautaire.

Vincent Hopes ne réfléchissait pas. Pendant que ses reins travaillaient à évacuer de son sang l’alcool ingurgité sans plaisir la nuit dernière, son cerveau tissait des toiles entre sa solitude actuelle et un hypothétique bonheur futur. Il ne se voyait pas dans les bras de Caroline. Il ne voulait que la voir heureuse. Face à lui, elle ne faisait que détourner les yeux, que soupirer à la vue d’un ami de son mari. Elle ne semblait pas heureuse. Le seul cadeau qu’avait été capable de lui faire Julien était une fille : Manon, âgée maintenant de 7 ans. Une boule de sourires, de joie de vivre, d'interrogations et de câlins. Mais être mère ne suffit pas pour une femme : chacune se rêve aussi maîtresse. Surtout que la beauté de Caroline devait transformer beaucoup de ses rencontres masculines en amants potentiels. Succombait-elle ? Aussi souvent et facilement que Julien franchissait la ligne blanche ? Vincent ne pouvait y croire. Il la voyait sage et réfléchie, honnête. Tout le contraire du mari qu’elle avait traîné et dont elle voulait maintenant se séparer.

Sa réflexion dura une bonne partie du week-end. Vincent fut étonné de découvrir que la baisse de son taux d’alcoolémie n’influençait pas son raisonnement. L’amour, surtout quand il est vécu par un esprit encore adolescent, porteur de cette peur de croiser le regard de la femme qu’il aime, de devoir lui parler… est plus fort qu’une fermentation alcoolique exploitée et diffusée pour contrôler les hommes.

Pour se faire peur, Vincent s’imaginait devoir effleurer la peau de Caroline. Il ne pouvait pas faire s’aventurer ses doigts sur ce continent. Et un sourire naissait sur son visage. On ne touche pas une œuvre d’art. On la contemple, on l'idolâtre, mais on ne la souille pas de ses caresses… ce qu’avait fait Julien tant de fois, pour son unique et égoïste plaisir.

La conclusion sonna comme une victoire. Un souffle balaya tous les doutes, Vincent sut enfin que ses réflexions avaient atteint un point final.

“Elle doit être encore plus belle quand elle est heureuse. Son bonheur suffirait à faire le mien. Je n’ai pas besoin de faire partie de sa vie. Je veux simplement la voir heureuse.”

Vincent avait décidé d’attendre patiemment ce jour merveilleux où il verrait Caroline sortir du tribunal, parée du plus beau sourire qu’il ne pourrait jamais voir affiché sur son visage. Cette déformation de la bouche jusqu’aux oreilles le comblerait de bonheur. Sacrifier un ami comme Julien Desmont n’était pas une lourde perte comparée au gain possible, à la possibilité de vivre un instant mémorable.

 

Quelques mois passèrent. Puis la date de jugement du divorce fut annoncée. Un lundi. En tant que grand manipulateur et fier de son art, Julien Desmont avait négocié avec Caroline Rhod d’avoir la garde de la petite Manon le week-end qui précédait.

- Le jugement sera dans 3 jours, lança Julien Desmont tout en soulevant ses poids.

- Tu le sens comment, répliqua Vincent Hopes entre 2 abdominaux ?

Les séances de sport quotidiennes étaient propices aux discussions entre machos.

- Facile. J’ai un très bon avocat. Je vais avoir la garde de Manon et mon ex-femme va rentrer chez sa mère sans un sou. Elle a voulu partir sans raison, elle va s’en mordre les doigts !

- Tu sais qu’il est de coutume de demander à l’enfant ce qu’il désire ? On ne lui demande pas de choisir mais... quelques questions bien tournées de la part des avocats permettent de connaître son opinion.

- Je sais. J’en ai la garde ce week-end. On va aller au parc d’attraction pendant 2 jours. J’ai acheté les places au CE juste avant de venir. Je vais faire naître des étoiles dans ses yeux. Elle ne pourra pas l’avoir oublié d’ici lundi !

Julien Desmont rigola.

Intérieurement, Vincent aussi. Il pensait à Caroline.

“Elle doit être encore plus belle quand elle est heureuse ! Elle sera encore plus belle quand elle sera heureuse !”

 

A suivre...

 

 

 



20/03/2015
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